L’herbe rouge – Un naturel très étrange

On dit Boris Vian.
On dit science-fiction.
On dit L’herbe rouge.

 

L’odeur du sang, sans son prix.
L’envie de meurtre, sans action.
Un univers crédible de naturel.
Un monde sans morale.

Les femmes sont bêtes, parce qu’on les veut ainsi.
Les hommes se consolent comme les femmes.

Et une machine.
Une belle machine.
De celle qui vous font remonter dans le temps.
De celle qui vous psychanalyse.
De celle qui … mais nous ne vous en dirons pas plus.

Ce roman est un petit bijou de lucidité, d’étrangeté et de subtilité.

Lucide parce que naturel et à peine métaphorique. On retrouve une critique amusée autant qu’acerbe de notre société. Mais jamais de jugement, si ce n’est une ironie mordante.

Etrange parce que si science-fiction il y a, les ressorts de l’intrigue tiennent plus du fantastique d’un Dorian Gray. D’ailleurs Wilde ne tombe pas mal à propos, et les peurs de son héros  sont comme une lien de parenté avec un des héros de Vian. Héros moderne s’il en est puisqu’il est scientifique, un de ces scientifiques bien portant qu’on retrouve dans la java atomique.

Subtil enfin parce que malgré ces références, malgré cette moquerie métaphorique, tout reste léger, presque banal, trop banal même, trop commun. Les personnages eux mêmes ne s’étonnent pas de grand chose. Les événements ont pourtant de quoi surprendre, même un petit peu. Si l’on relativise l’actualité quotidienne à laquelle on nous soumets, il est plausible que nous non plus, plus rien ne nous étonne.

Même si l’univers est si rouge et enfoncé dans une certaine mélancolie, une bile noire, on aimerait le voir en film, en peinture ou en aquarelle. Dilué dans l’eau des images, les mots de Vian prendrait leur amplitude et leur côté magique brillerait tout autant que dans nos têtes liseuses.

Dans la plupart des éditions, L’herbe rouge est suivi des Lurettes fourrées qui est tout autant lucide, étrange et subtil. On trouve un peu du naturel non clinquant d’un Bradbury des Chroniques Martiennes dans les scènes quotidiennes d’un temps hors du temps des Lurettes comme de L’herbe.

A savourer, le temps d’un voyage en train.

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