Ravage – Retro d’aujourd’hui, futurisme d’époque

Ravage de René Barjavel. Denoël, 1943.

Autant de « R » dans un titre annonce le roulement de tonnerre, de tambour et de cendres que fera déferler sur vos têtes endurcies de petits lecteurs aguerris ce roman catastrophe et polémique.

Si la fin et certains passages de ce roman sont sur de nombreux point de vue très sujette à caution d’un point de vue politique (pétainisme, patriarcat réaffirmé etc), nous ne nous étendrons pas sur le sujet. La conscience de cet aspect reste de toute manière, mais extraire le littéraire de son contexte historique est plutôt agréable. Nous y reviendrons.

Donc.

On commence avec un Paris anticipé qui nous semble très proche de notre propre réalité, à quelques gros détails près. Barjavel en 1943 nous livre le paysage utopique d’un monde où le peuple a le lait au robinet et où tout est en plastec. L’Histoire qu’on enseigne aux enfants à l’école est celle des sciences et des savants. Oubliés les guerriers, oubliés les conquérants. Place à l’intelligence !

« C’étaient bien là trois glorieuses journées du début de ce XXIème siècle, qui, sa cinquantième année dépassée, semblait mériter définitivement le nom, qu’on lui donnait souvent, de siècle Ier de l’Ere de la Raison. » (p.16)

Le décor est planté. Le personnage, lui, est un homme de la vingtaine, se nommant François Deschamps – on se rends alors compte qu’on lit de la SF française – dont la permanence dans les opinions et la volonté de fer nous surprendra jusqu’au bout. On est plutôt habitué ou à du héros sans peur et sans faille parodique ou à du anti-héros grommelant faisant tout contre son grès. Là non, François va assumer.

Oui, mais assumer quoi? …. La fin du monde technologique, rien que ça. Le chaos arrive soudainement, les choses se déroulent rapidement mais on a comme un sentiment angoissant de réalisme. Si jamais cela arrivait, cela se passerait certainement ainsi. En tout cas, le croit-on, à la lecture.

Rien n’est laissé au hasard. Rien n’est bien impressionnant non plus, pas de force intergalactique en flagrant délit d’ingérence ni de puissance surnaturelle vengeresse. Non, les hommes et leurs machines – sans conscience. Et puis, du feu et toutes les conséquences qui suivent la dépendance des créateurs aux créatures qui défaillent. Il semblerait qu’aucun détail ne soit oublié.

La structure du roman en plusieurs partie permet de créer une chronologie équilibrée entre utopie et corruption suivi du temps de la catastrophe et de la survie éventuelle et enfin la reconstruction morale et terrestre. Cette dernière partie est très sujette à caution si l’on pense à l’idéologie potentielle de Barjavel à propos du patriarcat et de la paysannerie. Mais, d’un point de vue littéraire la question peut être aisément distinguée je pense.

En effet, le thème de la culture – même haute – contre la nature – même basse – est suffisamment balayée par l’ensemble de l’intrigue pour que l’on y voit pas uniquement une basse conspiration moralisante motivée par les idées de Pétain. Nombreux sont les ouvrages de SF qui mettent en exergue des cultures différentes : celles de la paix contre celles de la guerre, celles de la nature contre celles de la technologie, celles du bien contre celles du mal, et j’en passe et des meilleures!

Ce type de motifs de batailles mythiques peut être déroulées sur des milliers de volumes avec de nombreux décors. Les intrigues sont différentes et les issues pas toujours roses ou attendues, mais l’opposition reste bien ancrée dans la fiction, à différents niveaux. Ici elle est assumée, dans d’autres elle est effleurée ou bien dépassée. Ici la tension est résolue, d’une certaine manière… légèrement violente.

Dans tous les cas et quelle que soit l’opinion politique, ce livre est un excellent roman de SF et la langue de Barjavel toujours aussi savoureuse, même en 2011. On aime ces anticipations qui ont un arôme rétro attirant bien malgré eux.

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