L’esprit au vert : quand Pétrarque lit Rousseau

Dans la rue de l’Ecole de Médecine, au milieu de la poussière noire des voitures.
Dans le calme frais et venteux de Trégastel.
Dans le soleil infini de Tyresö.

L’espace importe peu, ce rêve charmant jaillit souvent d’être au calme pour penser, écrire et rêver. Quel besoin aussi urgent nourrit les fantasmes intellectuels de s’éloigner des masses humaines dont on est issu?

Le thé des moines et Fool’s Garden.

La jachère fleurie, laissez poussez vos petites pensées, plantez-y vos graines de connaissances. C’est votre jardin secret. Les plus grands s’y sont essayés. Et y ont trouvé un trésor dont ils veulent garder le secret. Un peu de mysticisme ne tue pas.

Laissons les parler de leur jachère fleurie.

« Je dispose d’un petit jardin qui ranime une flamme éteinte et ravive les doux soupirs du passé : tu aimerais les couleurs de ses fleurs printanières sur l’herbe ou, en plein été, quand les soleil est au zénith son ombre généreuse ou en automne, ses fruits sucrés ou ses journées ensoleillées quand il fait froid, et tu apprécierais davantage les tendres plaintes des oiseaux dans les feuillages et leur plumage chamarré. »

Pétrarque, Séjour à Vaucluse.

J.H. a extrait et lié entre eux des morceaux de choix sur cette sensation, ce fantasme… et ses conséquences sur la pensée.

Les sources. Les sources. Toujours les sources. L’eau sans source perd son goût et sa vivacité de ruisseau en bouteille.  L’une coule de Pétrarque, l’autre goutte de Rousseau. Qui a lu l’autre? Le plagiat par anticipation existe peut-être dans ce cas là. Qui sait?

« Pour que cet entretien si intime ne fût point perdu, je l’ai mis par écrit et j’en ai fait ce livre. Non que je veuille le joindre à mes autres livres et en tirer vanité : je travaille à des ouvrages plus importants. Mais le charme que cet entretien m’a procuré un jour, je veux le retrouver par la lecture chaque fois que j’en aurai envie.

Petit livre, fuis donc les réunions des hommes. Reste avec moi, et sois fidèle au titre que je t’ai donné. Tu es et seras à jamais Mon secret, car dans mes méditations les plus hautes, tu me répéteras en secret ce qui en secret t’a été confié. »

Pétraque, Secretum
(où il rapporte une discussion imaginaire avec Saint-Augustin, au sujet des passions et de la vertu)

« Les loisirs de mes promenades journalières  ont souvent été remplis de contemplations charmantes dont j’ai regret d’avoir perdu le souvenir. Je fixerai par l’écriture celles qui pourront me venir encore ; chaque fois que je les relirai m’en rendra la jouissance. »

Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire.

« Je fais la même entreprise que Montaigne, mais avec un but tout contraire au sien : car il n’écrivait ses essais que pour les autres, et je n’écris mes rêveries que pour moi. Si dans mes plus vieux jours, aux approches du départ, je reste, comme je l’espère, dans la même disposition où je suis, leur lecture me rappellera la douceur que je goûte à les écrire, et faisant renaître ainsi pour moi le temps passé, doublera pour ainsi dire mon existence. »

(Première promenade)

Gardez les secrets révélés par votre jachère, elle s’essaimera d’elle même.
Les abeilles, n’oubliez pas les abeilles.

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