Pour photographier les Âmes, il faut du sang-froid.

Si les Âmes d’Atala éditent de temps en temps une revue (AMER si vous suivez), elles créent également des beaux objets-livres qui ravissent les yeux et l’esprit vers de nouvelles contrées neuronales.

Ainsi en est-il de Sang Froid de la photographe LNOR.

Objet presque carré à la couverture noire comme le charbon des craies qu’utilisent certains croqueurs, noir comme le tableau encore vierge de toute écriture scolaire, noir comme la chambre du photographe qui manipule des potions aux noms aussi fantastiques que « Révélateur ».

– Soit dit en passant, si on avait pour la vie ou pour certains textes obscurs la possibilité d’y appliquer cette potion, on serait peut-être étonné de ce qui se révélerait. –

Et tout à coup la faveur d’une ampoule grésillante, d’une lanterne tramblotante ou d’un cru rayon de soleil, appraissent sur la couverture les lettres SANG FROID.

Couverture inversée - et le noir fut gris et le gris fut noir

Photographies : écriture de lumière avec la lumière.

« Sang froid » nous propose en un tryptique ingénieux une étude de la photographie, de sa relation – petit triolisme classique – au photographe et au modèle. Le tout en noir, en blanc et en argent-ique.

Partie 1 : Mises en scène
– la photographe met en image ses modèles, y fait surgir ses rêves et ses fantasmes, y sculpte les archétypes. La femme dans tout son mythe.

Partie 2 : Autoportraits
– la photographe, comme sur des fins de pellicule est à la fois oeil, modèle et déclencheur. Les regards fugaces d’un environnement, un reflet.

Partie 3 : Modèle vivant
– la photographe capte l’essence du modèle dans un jeu en abyme de regards croisés : les « oeuvrants » regardent les modèles – pour en capter un mouvement, une courbe ou une chair – qui concentrées, sont elles-mêmes observées par la photographe. Tous les acteurs apparaissent. Pour faire une mise en scène, il suffit d’observer le réel.

Le rendu brut de ces croisements d’oeil et de clins, de bouches et de seins, de fesses et de mains est que la pellicule apparaît, nue. Des portraits de femmes puissantes en ressortent. Des femmes de sang-froid. Au sang-froid.

Le rendu écorché de ce travail sont ces mêmes femmes-statues aux regards pénétrants avec leurs vibrations, leurs souffles et l’infime papillonnement de leurs paupières.

Les synapses lumineuses de Méduse

Ces résonances sont produites par la présence de deux textes qui loin d’être annexes permettent la cohérence théorique et artistique de l’oeuvre. Nous avons entre les mains un livre complet qui ne demande qu’à être relu et visité de nombreuses fois, à chaque fois transpercé par de nouveaux traits de sens et d’esprit qui alimentent notre lecture de ses images.

En guise de préambule une présentation littéraire du travail d’LNOR intitulé « Le bleu du sang » et signé des par le choeur des Âmes.

« Le bleu du sang n’est pas celui du ciel. Il est plus obscur, c’est le bleu nuit, le bleu pourpre, le bleu violet du sang écarlate mêlé à la froideur étincelante du couteau. (…) Cette lame glacée qui écorche le supplicié, lui entaille le corps et lui pèle la peau. A vil Ce couteau effilé, c’est la main de l’artiste, du peintre ou du sculpteur, de l’écrivain ou du photographe. Le bleu du sang ce bleu froid des écrans qui nourrit un monde d’images, est cruel et abstrait. C’est celui de la séparation, de la vitesse, de l’échange général et généralisé, de la monnaie vivante, de l’abstraction et de l’oeuvre d’art. » (p.6)

En guise de conclusion, « Nous sommes stupéfiantes – manifeste méduséen – »
Texte qui ligne après ligne, paragraphe après paragraphe pourrait être scandé tellement il est lui-même cisaillé.

Manifeste à la fois esthétique et politique, il nous permet de saisir au vol le quotidien d’une modèle vivant et sa position éthique au monde qui l’entoure et la fige.

« Le modèle vivant imite la nature morte. Autant dire qu’elle n’est ni la nature, ni la mort.
(…)
Qu’est ce qui est le plus angoissant pour un modèle : le risque d’être totalement lisible ou le fait d’être complètement illisible?
(…)
L’instant de la pose permet parfois, au coeur de l’atelier, de saisir le lien entre la mélancolie d’un monde perdu et l’utopie d’un monde à créer. » (pp. 131 – 136)

Pour le trouver, le commander, poser des questions ou vous extasier : aux Âmes, citoyen.ne.s !

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