Architecture d’Intérieur

oui oui
il faut
y penser, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout

C’est dans cette échelle et ces entrechats que le principe de s’entourer de beaux objets peut se comprendre. Ne rejetez pas la faute sur votre conventionnalisme, des goûts et des couleurs il faut en parler et se les justifier à soi-même, là, dans le miroir piqueté de la chambre Louis XIV, dans l’armoire à pharmacie au néon grésillant, dans le cuivre bosselé de la cuisine vintage, dans le noir brillant de l’écran du salon cyberpunk, dans l’inox usé de la poignée de la porte. Multiples reflets, facettes des hasards plus ou moins assumés. A partir du moment où on l’assume, où c’est un choix, tout se tient. Conversation garantie sans additif.

Ceci est juste un plaidoyer rapide pour qu’on arrête d’acheter. Essentiellement qu’on arrête de consommer. En fait plus singulièrement, que l’on cesse de donner une quelconque valeur pécuniaire et sentimentale à la mocheté. Que cela soit utile n’implique pas nécessairement que cela soit laid. Cela peut être beau et fonctionnel à la fois. Cela ne signifie pas non plus que notre besoin doit être créé : ici je parle bien sûr de certaines branches crochues du design qui nous font croire à de l’utilité pour mieux vendre leur beau prêt-à-montrer.

Non non. Ici c’est de notre décor, notre vision, notre peinture quotidienne dont je parle. S’entourer de souvenirs, se créer des pages blanches avec des rideaux et un peu de vide, s’ouvrir sur le monde extérieur en trouant des murs à la masse, boire sans se couper la commissure des lèvres sur les marques de moulage d’un verre à peine sorti de l’usine, manger sans contempler le grain odieux d’une porcelaine grossière et austère qui ne peut sortir indemne de l’attaque d’une petite cuillère, sentir son dos reposer contre autre chose qu’un mètre cube de masse noire qui absorbe toute lumière, poussière, odeur et humidité, ne plus avoir à prendre en compte le coefficient d’encombrement de la vie.

Car oui, un petit chez soi se construit pierre à pierre – même si tout est contenu dans une boîte d’allumette – et nous renvoie alors des clins d’œil permanents, comme un monologue à deux ou mille voix nous rappelant nos attentes, nos rêves, nos joies mais aussi tout ce qui reste encore mystérieux et permet de nourrir ainsi un esprit toujours plus fertile et à même de prendre avec légèreté l’aridité de pensée des odeurs pétrochimiques de neuf.

Enfoncer des portes ouvertes.

Oui mais avec classe.
Et délicatesse.

De toute manière, tout disparaît, alors autant rendre ce battement de paupière merveilleux.

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